ATTENTION À LA MARCHE !

Si vous avez la chance de vieillir en bon état, vous aurez peut-être le privilège de ne pas constater de « changements » dans votre environnement. Mais si, tout à coup ou insidieusement, votre corps qui vous a rendu de bons et loyaux services durant de nombreuses années commence (ou continue !) à vous lâcher pièce par pièce à l’image d’une vieille guimbarde bientôt bonne pour la casse, vous vous rendrez compte que l’escalier que vous montiez allègrement, même si vous étiez chargé, devient maintenant le petit frère de l’Himalaya.
Et pis que cela, une seule marche un peu haute devient un obstacle à considérer avec sérieux et application : comment vais-je la prendre ? Ah, il me semble que c’est plus bas à droite.
Ou attention, ma vieille (je me parle), en descendant, appuie-toi bien sur ta canne ou tes bâtons si tu ne veux pas te prendre un billet de parterre devant tout le monde.
Une seule sortie peut devenir le parcours du combattant, si vous considérez les trottoirs en mauvais état, les feux trop courts pour traverser une rue, les rampes trop raides pour votre handicap. On peut allonger la liste à l’envi.
Je me pose mille questions quant à l’inclusion des personnes âgées et/ou handicapées dans leurs déplacements. Les bus, les trains pas au niveau des quais, etc.
Et ceci n’est qu’une petite partie de leur vie et de leurs occupations. On peut transposer cela dans bien des domaines.
L’exclusion peut s’y nicher sans crier gare.

Pourquoi, dans les régions où on est attentif au problème, les trottoirs descendent-ils en pente douce à chaque fin et pas ici ?
Il est donc possible de penser aux chaises roulantes, aux personnes à mobilité réduite, mais pas seulement : il y a aussi les poussettes.
Cela ne demande pas plus de travail quand on en fait de nouveaux. Juste de la prévenance, de la réflexion, de la formation.
Bon, ça va. J’oublie. Certains trottoirs doivent dater du moyen âge chez nous, je pense. Même dans des villes plus récentes ! Suivez mon regard.

On ne va pas faire que râler quand même : on peut aménager sa maison, sa salle de bain, faire venir ses courses, demander de l’aide.
D’accord, mais il faut des sous, il faut avoir de l’organisation, de l’anticipation et le reste. Ce n’est pas à la portée de tout le monde.

Il y a moyen de lutter contre les exclusions de toutes sortes et deux nouvelles m’ont réjouie dernièrement : l’UCL et l’ULB ont créé un certificat en droit du handicap, alliant théorie et pratique, grâce à des enseignants universitaires et des acteurs de terrain (article du Soir).
L’autre nouvelle qui m’a épatée : Lise, 13 ans, aveugle, après un cursus normal en primaire, suit les cours en secondaire à Notre Dame de Thuin, avec un accompagnateur fourni par l’association EQLA (ancienne Œuvre nationale des Aveugles), qui l’aide à se représenter les contenus visuels, grâce à des explications orales précises. Lise a du matériel adapté en braille, en relief, en modèles 3D. On la voit suivre le cours de math sans aucun problème, sans perturber le rythme scolaire.
Au contraire, elle apporte beaucoup : elle amène du partage et de l’empathie.
Quelques aménagements ont été apportés à l’école : local toujours le même, au premier étage, espace plus grand pour son matériel et son accompagnateur. Un ergothérapeute est venu à l’école pour donner des conseils d’aménagements.
L’association EQLA accompagne nonante-cinq élèves de l’enseignement fondamental au supérieur.

Il y a donc moyen de changer les choses, à condition d’investir dans l’humain. On peut créer un monde vivable pour tous, mobiles ou non, voyants ou non, malades ou non…

Il faut « juste » le vouloir et faire les bons choix.

Yvette Vanescote
Mars 2026